jeudi 1 septembre 2011

J'ai invité le bourdon et le cafard s'est incrusté

Une chanson de Bénabar dans la tête, dont les paroles me font rire pour empêcher les larmes. Moi aussi je lis des périodiques divers, et j'ai envie d'être l'hiver. Masquée dans un manteau long et gris. J'ai pas compris. Ce matin, j'avais dressé une liste, j'avais établi un ordre des choses, chassé la poussière et pourtant. Le temps ne s'égrène pas. J'attends le soir, car la journée est mon ennemie. Il suffit d'un dernier mot, semblable à 40 autres, pour dresser un état des lieux. 

Comment ça je suis comme un renard dans son terrier ? 'Veux pas entendre : "Bon et alors toi quoi de neuf ? - Oh bah tu sais pas grand-chose..." et gâcher ce Baile'ys. Peu à peu les habitudes prises se déprisent, et "Comment ça 17 heures je suis pas bien habillée et je mange des céréales ?", "Mais aujourd'hui j'ai lutté contre ma procrastination pourtant, j'ai fini...Rien." 

Il pleut dans la ville comme il pleure sur mon carreau et j'ai même le temps de compter les gouttes. Aujourd'hui, j'ai inventé une histoire avec la plinthe qui rencontre la fissure de mon papier peint. Depuis ils s'aiment d'un amour tendre mais le papier est un peu collant.

Ne pas trop s'éloigner de la couette, penser qu'en se relevant pour la quinzième fois aujourd'hui, on va (res)sentir l'odeur du petit-déjeuner et croire que c'est une nouvelle journée. Rêver d'une vieille machine à écrire, vouloir placer S.P.L.E.E.N. au Scrabble, renouer avec les chansons tristes. Charles Baudelaire. 



J'ai chassé le téléphone et la philanthropie, congédié l'efficacité et le miroir aux alouettes, renvoyé l'agenda qui est parti avec la liste des essentiels et l'horloge. Le calendrier l'a suivi de près. J'ai gardé l'impromptu, le stylo plume et le miel. Le chocolat. J'ai invité le bourdon pour partager le miel chaud. Mais le cafard s'est incrusté et la nuit s'en est trouvée irrémédiablement salie. Le stylo plume s'est endormi dans le carnet. 

Et plus aucun mot n'est venu crever le silence gris.


lundi 16 mai 2011

Midnight with Woody

Allez, avouez. Si vous êtes passé à Paris ou y avez vécu, vous avez médité ou rêvé de vous immiscer un instant dans le Paris d'une autre époque. Si vous avez fait un Bac L, que vous avez étreint le Folio n°37*, vous savez qu'André Breton a associé l'Amour à Paris, ce film est pour vous !

Gil (Owen Wilson, petit clone de Mister Woody tant par les mimiques que par le bafouillement) est un écrivain en devenir, pris entre sa fiancée (Rachelle MacAdams) et son mariage à venir, et son impossible nostalgie de s'installer dans le Paris des années 20, Âge d'Or de la création littéraire et artistique. Un soir, aux douze coups de minuit, le voilà transporté à la table d'Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald...!


Même quand il fait du mineur, Woody s'en sort avec les honneurs. Ce New-Yorkais amoureux de Paris nous livre SA capitale sur fond de cartes postales, de lieux magiques et de jazz en bord de Seine. Une image d'Epinal certes, mais revisitée avec fraîcheur et humour, même si la réalisation n'est pas originale**. Les dialogues sont savoureux, parfois piquants, toujours délicieux. Wilson, l'acteur comique-gras américain surprend dans ce rôle d'écrivain fantasque. Ensuite il y a la blonde fatale Inez-Rachel, la brune piquante Adriana-Marion Cotillard, et une foule d'acteurs qui tiennent bien leur rôle, même cette chère Carla, et une bonne surprise au casting...! J'ai aussi bien aimé le personnage de Paul, le pédant expert en tout (surtout en narcissisme).

Pour le reste, Woody Allen a regardé sa bibliothèque personnelle, son Panthéon littéraire, et l'a envoyé dans un café parisien. Adrian Brody en Dali, Hemingway, Francis Scott Fitzgerald et Zelda, Picasso... C'est le Paris d'avant le surréalisme qui fourmille, qui bruisse de papier et d'inspiration, qui crée et qui aime, qui danse et qui se quitte, au soleil ou sous la pluie, à midi mais surtout à minuit...! Je ne suis pas Parisienne, ni forcément attachée à cette ville, mais croiser la boutique Shakespeare du 5e, le quai des Grands Augustins, les bouquinistes... sous la pluie, c'est romantique à souhait, n'est-ce pas Mademoiselle qui vend des vinyles de Cole Porter ?

Les Américains, avec leur accent si délicieux quand il parlent français, les références culturelles, quelques peu hermétiques si l'on ne les connaît pas, la petite morale de simplicité, le mystère qui plane sur le destin de Gil - dont on devine sans savoir l'aboutissement, qu'il est bon écrivain -, tout cela me donne terriblement envie d'aller causer un brin avec Aragon de son ami Aurélien, sous la pluie. Ou bien de me demander qui de Rose ou Camille fut l'épouse de Rodin.

* Petit jeu, cherchez quel est le titre de ce Folio.
** Vous pouvez aussi manquer les cinq premières minutes, qui ne sont que des vues diapos de Paris. Mais comme le film est court, vous risquez de rester sur votre faim.

lundi 7 février 2011

La Princesse aux mille soupirants

Enfin, je l'ai lue, cette Princesse de Montpensier ! Des mois que son Folio prenait le soleil sur mon radiateur... Laissez-moi vous en livrer mes impressions, avec en regard le film de Bertrand Tavernier.

L'oeuvre de Madame de Lafayette est très "ramassée" : en quelques pages, l'auteur nous fait voir un enchaînement d'actions, de sentiments qui conduisent à la fin fatale de l'héroïne. Il y a très peu de discours direct, ce qui rend le tout très distant, voire froid. On ne s'attache pas aux personnages, et Madame de Lafayette donne le sentiment d'écrire une morale pour adultes, avec une fin assassine, mais aussi une formidable observation des moeurs de son époque avec une précision digne d'une gaziettière de Renaudot. C'est finalement très beau et très bien écrit. J'ai hâte d'entamer les pérégrinations d'une autre princesse. Si vous savez, la favorite de notre Président...



Le film est très fidèle à l'oeuvre, si ce n'est qu'il a rajouté quelques séquences : notamment des scènes de guerre où l'on voit les héros mâles s'affronter pour les catholiques ou les huguenots. L'actrice qui incarne (bien en chair en plus, cette Mélanie Thierry) Marie de Mézières/de Montpensier est très féminine et l'on comprend pourquoi le tourbillon de princes et d'hommes tombe sous son charme. Les déclarations enflammées s'enchaînent au même rythme effréné que dans le livre, et cela nous permet de nous retrouver dans le même tourbillon que l'héroïne, prise entre mille feux... Si au début elle résiste aux assauts, une question de choix dans certaines circonstances la conduit à commettre l'irréparable, causant ainsi sa propre perte et la mort d'un homme. La fin est moins sombre dans le film, mais tout aussi sinistre : il y a une forme de renoncement au monde, à une vie endeuillée.

Les dialogues sont réjouissants, très élégants, même dans la colère ou la révolte, dans la peine. On peut cependant noter que les acteurs ne sont pas toujours à l'aise et les répliques sonnent parfois comme plaquées dans la bouche des personnages. Les acteurs jouent bien, voire très bien, et tiennent bien leur place. La princesse de Montpensier, dont on ne peut pas reprocher son visage très XXIème siècle, a une jolie palette d'émotions sur son visage rosi.

Il y a un jeu très intéressant autour des toilettes de la Princesse de Montpensier qui reflètent ses humeurs, ses états d'âme et ses émotions : la robe rose lorsqu'elle suscite la déclaration de Chabanes, le noir et la sobriété en fin de film... Tavernier a travaillé cette petite touche et cela rajoute à la délicatesse de son film.

Les personnages connaissent des tourments que l'on n'endure que peu à notre époque. Ils incarnent des vertus et des codes d'honneur qui n'ont plus cours aujourd'hui. Cependant, au tout début, Tavernier donne à son héroïne une forme de rebellion face au mariage arrangé. Une attitude que n'a pas la princesse de papier : le récit la rend passive. Elle n'est dans aucun cas, maîtresse de son choix : premier acte dont les effets auront de funestes conséquences. En cela, auteur et réalisateur se rejoignent.

NB : Ici, un autre avis. Mais vous devez préférer le mien.

vendredi 7 janvier 2011

God save the King

Voilà, c'est fini. Après foule de décapitations et de jugements sommaires, après un schisme, après six mariages et un ulcère, Henry VIII d'Angleterre (et de France, pour les traîtres) est mort. Les Tudors s'arrêtent sur une dernière musique. Le temps pour moi de vous parler de cette fabuleuse série qui m'a appris pas mal de choses sur une période jusque-là méconnue.



Les acteurs/personnages : Henry VIII/Jonathan Rhys-Meyers est impeccable. Il joue très bien le salopard de roy arbitraire, qui change d'épouse et de secrétaire pour un yes ou pour un no. Son vieillissement dans la série reste crédible. Il passe du roy fougueux au monarque désabusé sans problème. Une métamorphose dont l'acteur avait déjà fait la prouesse en interprétant un autre King, Elvis Presley. Il est très légendé (respectueux de ses épouses, ahem) et très érotisé, mais ça passe. Ahem. Bref.

Les épouses d'Henry ne sont pas toutes interprétées avec la même nuance : Natalie Dormer/Anne Boleyn est la plus marquante, elle imprime la série tout comme son mariage a changé le cours des choses en Angleterre. Ca a quand même foutu un sacré bordel chez nos insulaires enne...préférés. Elle joue très bien l'ambitieuse tout en gardant le petit côté légendaire attachant. Du coup, on l'aime quand même. Pauvre Catherine d'Aragon. Vient ensuite Jane Seymour, calme et seule apte à donner un héritier au roy. Elle en meurt. Son passage furtif est très émouvant. La séquence où le roy porte son deuil permet d'augmenter le cours du mouchoir de Cholet. Ensuite, ce sont Catherine Howard l'inconsciente, la prude Anne de Clèves puis Catherine Parr qui accompagnent le déclin de Sa Majesté : une adolescente inconstante, une Allemande et enfin une autre British qui évite de peu l'arrestation/coupage de tête pour trahison. Joss Stone en Anne de Clèves et Joely Richardson (Nip/Tuck) en Cath' Parr sont bien.

Parmi les autres personnages, j'ai mes chouchous : Mary Tudor, la superbelle qui deviendra reine, très bien interprétée, le duc de Suffolk, très touchant, surtout à la fin de la série, Thomas More, Robert Aske, Eustache Chapuys, l'ambassadeur de Charles Quint... Il y a en plus des guests, notamment Peter O'Toole en Pape opposé au remariage d'Henry avec Anne Boleyn.

Les costumes/décors/musiques : rien à dire. Je ne suis pas spécialiste, mais c'est très convaincant, très beau à voir. Les robes des épouses d'Henry sont toujours très belles. Le générique, à chaque saison, attire énormément le spectateur. Et enfin, mention spéciale à la musique, écoutable en boucle sur Deezer, assez géniale et très cinématographique. On en redemandera.

Et l'Histoire dans tout ça ? Ben le must, c'est qu'elle n'est pas trop écornée ! Hormis le personnage de Henry VIII, le reste est assez fidèle. J'avais des pages ouvertes à chaque nouvelle information pendant les épisodes et ça collait à la vérité. J'ai du coup appris pas mal de choses au sujet de cette période et me suis lancée dans un livre sur Henry VIII. En moins beau. Et euh, ça fait moins pleurer quand il meurt. Les scénaristes ont su jouer entre l'Histoire et mettre beaucoup de romanesque, ce qui donne en tout un savant dosage qu'il ne me reste plus qu'à vous conseiller !

NB : un film sur Elisabeth (Tudor) 1ère d'Angleterre, la fille d'Henry, dont le règne dura 44 ans, a été tourné avec Cate Blanchett, Elisabeth. Deux soeurs pour un roi raconte les liaisons d'Henry avec Mary et Anne Boleyn. Cette dernière a fait l'objet de poèmes, pièces, et sa légende : celle de la Reine qui meurt pour son Roy, en fait l'un des personnages marquants de l'Histoire britannique. Tout comme Henry VIII et Elisabeth.

jeudi 30 décembre 2010

Pause écriture !

Le frimas de l'hiver a eu raison de moi, les tasses de chocolat m'appellent à mon bureau, dans la chambre qui m'a vue grandir (ou presque)... Un peu de silence sur ce blogue, mais des idées qui noircissent des pages. C'est parti pour une épopée chevaleresque, un manuel de l'essentiel et une farandole parisienne... !!

Je n'en dis pas plus...!

lundi 13 décembre 2010

N'est pas Jane Austen qui veut !

Pardon pour les lecteurs. Il va s'agir ici de littérature féminine. Promis, un jour, je me rattraperai. Mais cependant, les lectrices ne vont pas non plus ressortir avec une idée de cadeau ou de lecture pour le coin de la cheminée avec le chocolat chaud.Il est difficile de lire Les caprices de Miss MaryCar ce livre est non seulement mauvais, mais il est en plus médiocre. Pour les fans de Pemberley et autres destinées austeniennes, si vous le lisez, accrochez-vous. Ca fait mal à Jane. Et je vais vous dire pourquoi.


L'intrigue. Après la mort de l'horripilante Madame Bennet, Mary souhaite quitter la tutelle de Fitzy Darcy pour mener sa propre vie. À quarante ans, encore célibataire, elle dévore les chroniques sociales d'Angus, un journaliste qui dénonce les atrocités de l'Angleterre industrialisée. Mary, qui veut gagner sa vie et son indépendance, part sur les routes pour écrire un livre qui dénoncera les conditions de vie des miséreux. Et personne, pas même l'autoritaire Darcy, ne l'empêchera de se réaliser, après avoir vécu dans l'ombre.

L'auteur(e?), c'est Colleen MacCullough. Déjà, ça aurait dû retenir ma lecture. Pour mémoire-ou-info, Colleen nous a quand même commis un best-seller de la littérature-guimauve sur plus de 600 pages, dans les années 80, avec le mythique Les oiseaux se cachent pour mourir. L'histoire d'un prêtre devenu cardinal, quand même amoureux d'une femme portant une robe rose couleur de cendre. Aveu numéro Un : j'ai lu ce pavé, même vu le film. Ahem. Bref, entre Colleen et Jane, malgré le fait qu'elles se retrouvent dans le même rayonnage littérature britannique, y'a un fossé. Colleen écrit mal, à mon goût. Et pour oser faire une suite à Pride and Prejudice (Orgueil et préjugés), 'faut de l'audace. Cela implique de toucher à Saint-Darcy, et de priver les austeniennes de toute imagination d'avenir radieux pour les personnages. En même temps, c'est surfer sur la vague facile janeaustenmaniaque. Facile. Et pourtant, elle a raté. Mais POURQUOI ?

Aveu numéro Deux : je ne suis pas fan de Jane Austen, ni même de son écriture #pastuer, je savoure pourtant les adaptations filmées de ces oeuvres avec joie (et bonne bouffe). Je la trouve terne, et fade par rapport à la richesse de ces personnages, dont la peinture psychologique reste la plus grande réussite. En ce sens, Colleen est mon amie. Aveu numéro Trois : mon favori, c'est Sense ans Sensibility (Raison et sentiments). Ceci étant dit - je suis toujours vivante - Colleen a fait comme Maurice le poisson rouge. Elle dépasse un peu trop les bornes des limites.

Le féminisme austenien dévoyé. Chez Austen, les femmes sont les personnages principaux, et sont dotées de sacrées personnalités, pour la plupart. Cultivées, réfléchies, ironiques, tendres, sottes, gourdes, insupportables, tout y est. Leur féminisme est bien réel : elles se montrent capables (et ne font pas que le revendiquer bêtement) de se distinguer par l'opinion, la personnalité, de leurs (futurs) époux. Une fois ce point évoqué, on observe que ces femmes font le choix de la liberté dans la soumission et l'obéissance à leurs époux (non mais vous voyez Darcy pouponner vous ?!). On aime. Ou pas. Mais il en est ainsi chez Jane Austen. On peut d'ailleurs noter que si cela marche dans ses romans, cela n'a pas "fonctionné" pour elle-même, qui décéda seule et sans époux digne d'elle. Or, chez MacCullough, le féminisme qu'elle confère à son personnage principal, Mary Bennett donc, la soeur de Jane, Lizzy et tutti quanti ne "colle pas". Il est trop empreint de modernité post-époque victorienne. Trop militant. En outre, Mary tranche trop avec l'image que l'on a d'elle dans le livre d'Austen. Si bien que cela n'est pas crédible du tout. Pourtant, il y avait de l'idée à reprendre ce personnage. On voit aussi le même écueil pour les autres soeurs Bennett (accrochez-vous) : Jane en femme trompée, Lizzy en mère au foyer nunuche, non.

Les personnages masculins sont terribles. Darcy est dur, sec, égoïste, ambitieux, négligent, méprisant, mauvais père. Il ne lui reste aucune qualité. Quant à Bingley, c'est un esclavagiste adultère. Colleen prend presque un malin plaisir à détruire ces deux modèles masculins. Darcy surtout en prend pour son grade. Ca fait vraiment mal, un mythe littéraire autant écorné, sans réflexion ou portée littéraire. Mais surtout, cela est incohérent avec l'oeuvre d'origine : Jane Austen a aussi introduit un aspect "roman d'éducation sentimentale". Avec son livre, MacCullough revient dessus et fait de l'ascension morale des personnages un cycle : s'ils reviennent à leur mauvaise nature chez elle, pourquoi ne pas continuer indéfiniment à faire de Fitz une brute épaisse quand il s'unit à son épouse, à faire de Bingley un esclavagiste immoral après leur demande de repentir ? Ainsi, l'influence positive de Lizzy est inexistante. De fait, sa portée littéraire qui l'amenait chez Austen à transformer Darcy en homme bon n'existe plus. Le personnage n'a plus de but fictionnel. Moche. D'autant plus que Mary ne prend qu'une tournure ridicule et grotesque.

L'intrigue (trop) rocambolesque. Du début à la fin, Colleen a fait le choix de l'action à un rythme effréné. Cela tranche trop, là aussi, avec l'accent de l'oeuvre d'origine sur les évolutions psychologiques plus que sur les péripéties. Il arrive à Mary beaucoup trop de choses improbables, peu crédibles, totalement loufoques. Si encore MacCullough avait évolué vers une aventure à la Dickens, on aurait pu voir une double influence très riche. Que nenni. Du début à la fin, les mésaventures de Mary sont peu intéressantes. Mais en plus, on ne parvient pas à compatir avec le personnage (ni même avec les autres en fait). La fin totalement abrupte, ne convainc pas. Bref, là aussi, passez votre chemin. La fin des autres personnages n'est pas non plus totalement satisfaisante.

Cerise sur le gâteau. Il nous le fallait ! Pour finir sur un parfum de scandale, Colleen a fait du seul fils de Darcy un être efféminé, littéraire, poète (clichééé !) que Fitz méprise. Ajoutez à ça un goût pour les détails sans intérêt (les règles de Mary, tout un poème), des scènes sans portée visuelle... J'ai envie d'un Charlotte Brontë pour cet hiver, pas vous ?

PS : , y'a un article positif.

mercredi 8 décembre 2010

Love you

Je suis amoureuse. C'est sa faute. C'est aussi à cause de lui que j'ai voulu commencer le journalisme. Dans mes rêves les plus fous, je passais plus d'une heure avec lui, et j'écrivais l'interview idéale. Aujourd'hui, je ne sais plus si je voudrais toujours le passer à ma question. D'autres le font, et il répond avec brio. Il vient d'une époque où le cinéma français avait encore de la gueule. Sa gueule.

Alain Delon a commencé dans le sillage des plus grands maîtres du cinéma. Petite frappe banlieusarde, engagé volontaire dans l'armée ou super pote de malfaiteurs, l'homme est à lui seul un héros de Manchette ou de tout autre polar vendu dans un hall de gare. Paris, c'est son terrain. Tout ça tombe finalement plutôt bien, parce que les truands ou les poulets, il va les fréquenter assidûment sur tous les Pathé de France et de Navarre pendant une bonne trentaine d'années. Moi quinze ans plus tard, je découvre Paris au gré des courses-poursuites - et des VHS enregistrées - dans les vieilles bagnoles blanches que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, moi y compris. Sauf que moi si, en fait.



Comme je suis quand même une fille, je l'aime bien aussi faisant l'amour et la guerre en Italie dans Le Guépard, je suis à ses pieds quand il plonge dans La piscine avec cette veinarde de Romy Schneider, et je minaude un peu - mais pas trop, c'est quand même Delon - quand il offre des caramels à Dalida. Encore aujourd'hui, il a la classe, celle des vrais grands : quand il explique la différence entre acteur et comédien et qu'il se range dans la première catégorie, on comprend qu'il n'est pas si orgueilleux que cela, on l'écoute et on la ferme. Que pu****, il l'a mérité, sa place en Plein soleil.

Comme je suis amoureuse, je fais souvent pause quand on aperçoit un rictus narquois sur sa gueule, quand ses yeux bleus scillent à peine, à la recherche de la clé qui pourra débloquer la voiture. Je lui donne le Bon Dieu sans confession, même quand il est le tueur de Philippe Greenleaf. J'aime quand il fume et que personne ne l'emmerde parce qu'il est à l'intérieur du bar. J'aime quand il parle de sa voix grave contre un flic, un voyou ou une femme. Je suis contre la peine de mort quand Gabin ne peut pas le sauver, et j'aime les oiseaux quand il nourrit son canari. Je lui pardonne ses infidélités, ses compagnes nombreuses sur la pellicule... et même dans sa vie. Même ses films plutôt genre série B à faire se marrer Les Inconnus. Parce qu'un jour Tancrède, Guillaume de Saint-Preux, Le samouraï... ont transformé la dégustation d'un verre de Bayley's en petit moment de cinéma, à la papa. Sauf que moi, je n'ai jamais revendu les disques de ma soeur pour me payer une place - y'a prescription.

Aujourd'hui, ça m'fait un peu mal, tout ça. Parce qu'y'a plus d'films. Y'a bien eu un navet, des séries télé pour me faire patienter, des Paris-Match piteusement pathétiques, des participations douteuses à la télé. Il parle de lui à la troisième personne quand il évoque la nostalgie des Melville, Romy, Ventura, Gabin, comme s'il s'était laissé là-bas, avec eux, dans les studios de Boulogne-Billancourt, ou en train de poser pour la photo NB Harcourt. Il n'a plus de réalisateur pour le faire tourner, plus d'actrice pour succomber à son charme, plus de truand à dézinguer au coin d'une rue du IXème arrondissement. Et de toute façon, sa cigarette, coincée trop haut entre les premières phalanges de l'index et du majeur droits, est interdite dans les lieux publics.

J'me cale dans l'fauteuil, j'lui indique la sortie du piano-bar avant l'arrivée du commissaire. Parfois je le croise quand j'attends le bus. Et quand il pleut bien sur Paris, que le ciel est gris, je sors mon imper, mon Borsalino (je l'ai acheté exprès, lui...) et je vais chercher Jeff Costello.